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29 janvier 2026Yvon Jean : Le poète de la rue et des sans-voix sur LaRPV.tv

Yvon Jean : Le poète de la rue et des sans-voix
Dans le paysage littéraire québécois, certaines voix résonnent non pas depuis les salons feutrés, mais depuis le pavé craquelé des ruelles et les marges de la société. Yvon Jean est de ceux-là. Surnommé le « poète de la rue » ou le « poète des exclus », il incarne une littérature brute, orale et résiliente, née de l’itinérance et de l’urgence de dire.
De l’errance à la scène

Le chemin d’Yvon Jean est loin d’être linéaire. Il se décrit lui-même comme un diplômé de « l’Université de la Vie », un titre qui cache une réalité bien plus âpre que les bancs d’école.
Les origines et la chute : Se définissant souvent comme un « fils de bûcheron », Yvon Jean porte en lui l’héritage d’un Québec ouvrier et rural, mais c’est à Montréal que son destin se joue. Son parcours est marqué par une longue période de marginalité. Il a connu la rue, l’itinérance et « l’errance » pendant plusieurs années. C’est de cette obscurité que naîtra sa lumière créatrice.
La résurrection par les mots : Le tournant majeur survient vers 2006. Yvon Jean monte sur scène pour la première fois, brisant le silence de l’exclusion. Pour lui, la poésie n’est pas un loisir, c’est une bouée de sauvetage. Il passe de l’invisible au visible, transformant sa douleur et celle de ses semblables en une parole publique.
Une Poésie « Au pic pis à pelle »
L’œuvre d’Yvon Jean se distingue par sa démesure et son authenticité. Il ne cherche pas la beauté académique, mais la vérité émotionnelle.Un style oral et « joualisant »
Yvon Jean est avant tout un poète de l’oralité. Ses textes sont faits pour être gueulés, slammés ou murmurés avec une intensité viscérale.
La langue : Il écrit souvent en joual, la langue du peuple, sans filtre. C’est une langue qui « graffigne », qui refuse le lissage grammatical pour mieux coller à la réalité rugueuse qu’elle décrit.
La performance : Sur scène (ou dans ses nombreuses vidéos), il possède une présence magnétique, parfois anarchique, déclamant ses vers comme on assène des coups de poing ou des vérités.
Les œuvres marquantes
Bien qu’il soit un auteur prolifique sur le web (publiant des milliers de poèmes dans une série titanesque intitulée Noire Poésie), deux jalons éditoriaux structurent son parcours :Noires Poésies (2008) : Son premier recueil (paru initialement sur CD), qui pose les bases de son univers sombre mais porteur d’espoir.
Au pic pis à pelle (2013) : Publié aux Éditions Première Chance, ce recueil est sans doute son œuvre la plus aboutie. Il y présente des textes phares comme L’Homme Déwrenché, où il dépeint la condition de l’homme québécois usé par le travail et la misère, rappelant par moments la fougue d’un Gaston Miron, mais en version underground.
La voix des « maganés »
La poésie d’Yvon Jean est une documentation sociale. Il se fait le porte-voix de ceux que la société préfère ignorer.L’exclusion et la misère : Il parle des itinérants, des « paumés », de ceux qui marchent le regard baissé. Il décrit la faim, le froid et le regard méprisant des passants.
La résilience et l’absolu : Malgré la noirceur, il y a chez Yvon Jean une quête d’absolu et de liberté totale. L’écriture est présentée comme l’acte ultime de survie, le seul moyen de ne pas sombrer définitivement.
La critique sociale : À travers ses vers, il dénonce un système qui broie les plus faibles. Sa poésie est politique non par idéologie, mais par constatation des dégâts humains.
Conclusion
Yvon Jean n’est pas un poète que l’on étudie pour ses rimes riches ou ses alexandrins parfaits. On le lit et on l’écoute pour recevoir une décharge d’humanité. Il nous rappelle que la poésie peut surgir de n’importe où, même du caniveau, et qu’elle reste, pour beaucoup, le dernier rempart contre la mort.
Extraits : « L’Homme Déwrenché »
Ce poème est l’une des pièces maîtresses de son recueil Au pic pis à pelle. Yvon Jean y dépeint la figure du père et, à travers lui, celle de l’homme québécois ouvrier, usé par le labeur et le manque de mots. C’est une langue qui ne s’excuse pas, une langue de survie.Voici quelques passages marquants qui illustrent son style « joualisant » et percutant :
« Pas cultivé comme un légume
Ça fait pas Proust quand y pète
[…]
Y’avait pas d’aide sociale dans c’temps-là — ça buvait pas de Papsi
Faisait des ménages chez l’bourgeois en haut d’la côte »
Et cette introduction brutale qui situe le personnage :« Arrive en ville
Faubourg à m’lassement
[…]
L’homme déwrenché
L’homme effouéré »
Note : Le terme « déwrenché » (de l’anglais wrenched / tordu, disloqué) évoque ici un corps et une âme brisés par la dureté de la vie, une image récurrente chez le poète.
Hyperlien vers sa chaine Youtube:
www.youtube.com/@Poésie-YvonJean
Note: Note: Interdit de reproduire en partie ou en totalité les images graphiques, musiques, textes, vidéos sans la permission écrite de RoGeR Marchand.
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